Les colonies de vacances pour séniors

Une comédie française qui s’empare du thème de la «colo». Original? Non pas vraiment. Mais alors, pourquoi ne remplacerait-on pas les gamins insupportables, dont l’unique but est de faire vivre aux animateurs un cauchemar éveillé, par des … vieux? Le scénario deviendrait-il alors plus cocasse? Non plus. Sales Gosses, du réalisateur Frédéric Quiring, est une sorte de remake de Nos Jours Heureux. Le charme et l’humour en moins. Alex (Thomas Solivérès), un jeune étudiant aux cheveux longs mal coiffés («Plumeau» dans Intouchables pour les connaisseurs) et au regard vide, a raté son année de médecine. Son père décide alors de le sanctionner: interdiction pour lui de partir en vacances avec ses «potes» et de «pécho» Yasmine. Au lieu de cela, il devra travailler en tant que moniteur dans une colonie de vacances, en Bretagne. En raison d’une erreur d’inscription, il se retrouve à la tête d’un groupe de seniors, les «Suricates». Voilà, c’est le scénario… Commence alors le pénible baby-sitting de représentants du quatrième âge qui n’ont qu’une envie, s’amuser. Oubliés les parties de petits chevaux, les châteaux de sable et les après-midi bronzette sur la plage… Non, ces vieux-là, ils veulent boire, fumer de l’herbe et faire le mur. Eh oui, ils veulent parler «djeun» eux aussi. Le dialogue, déjà peu flamboyant, devient résolument vulgaire: «Wesh», «t’es un bolosse», «p’tite bite». La comédie, on la cherche, on l’attend désespérément. Dès les premières minutes, les blagues lourdingues se succèdent. Sophie, la directrice du club des seniors, rappelle au jeune Alex qu’ici on ne dit pas: “on est à la colo”… car c’est faire référence à la «coloscopie». Hilarant, n’est-ce pas? Les personnages sont, quant à eux, si peu attachants qu’il est quasiment impossible de retenir leurs prénoms. Ce n’est d’ailleurs qu’à la moitié du film que nous nous souvenons qu’ils en ont un. Mener en bourrique le moniteur, on s’y attendait. Mais de là à en faire la trame principale de l’histoire… C’est répétitif. Alex se fait piéger par les vieux, Alex se fait remonter les bretelles par sa patronne, sous les rires étouffés de ses malfaiteurs qui s’excusent une fois Alex en colère. Et ainsi de suite. Sans véritable fil conducteur, le scénario flotte. Le réalisateur tente d’exploiter le filon du conflit des générations. Alex se dispute avec François, une grande gueule d’une humeur invariablement ronchonne, qui l’accuse de faire partie d’une dynastie de bons à rien, pourris et gâtés. Pour se défendre, le jeune moniteur argue: «Vous avez eu les Trente Glorieuses. Nous, on a le chômage, le réchauffement climatique, cinq ans de sarkozysme et Hollande!». Soit. Morale de l’histoire, les personnes âgées, lassées de leur petite vie de retraités, veulent «se marrer et faire la fête». Ils s’obstinent à trouver une boîte de préservatifs pour la vider en deux jours ou encore, cerise sur ce mauvais gâteau, ils dessinent «une petite bite» sur le visage de leur camarade, ivre morte. Sans commentaire… Cette comédie triste se veut quand même morale: Alex n’avait qu’une envie, c’était de rejoindre ses amis, en vacances, non loin de là. Mais ses vrais amis, ce sont eux, ces seniors dont il s’est occupé avec tant de patience et qui lui rappellent, ô sages qu’ils sont, quelles que soient les péripéties rencontrées, «la vie continue». Les jolies colonies de vacances de Pierre Perret sont décidément d’un autre temps.

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