Les autres urgences de la France

Si Hollande met autant de soin à peaufiner son nouvel état d’urgence, c’est parce qu’il lui permet de cacher ses échecs en matière d’emploi, de fiscalité et de croissance. C’est le 23 décembre prochain, juste avant la trêve des confiseurs, que l’on connaîtra enfin le contenu du projet de loi constitutionnelle destiné à réformer la notion d’état d’urgence. D’une part, François Hollande souhaite faire passer de trois à six mois — il a même été question d’un an avant que cette idée saugrenue soit abandonnée — la durée pendant laquelle peut s’exercer ce régime d’exception. D’autre part, le chef de l’État, fort d’une popularité qui a renoué avec les sommets en raison du traumatisme créé par les attentats du 13 novembre, veut renforcer de manière considérable les pouvoirs de la police hors contrôle judiciaire. La police pourra procéder à la saisie de tout document, y compris dans les locaux d’un journal, sans contrôle du procureur. Toutes les écoutes téléphoniques pourront être mises en oeuvre sans autorisation judiciaire. La censure de la presse a même été sérieusement évoquée, notamment à Matignon, avant d’être mise de côté. Bref, au moment où François Hollande s’apprête à célébrer avec faste les 20 ans de la mort de François Mitterrand et le 100e anniversaire de sa naissance, il instaure un régime d’exception pire que ce que l’ancien président avait dénoncé à propos de la Ve République en publiant le Coup d’État permanent. Le problème de cet état d’urgence à la puissance 10, c’est qu’il ne garantit en rien contre de nouveaux attentats sur le sol français, tant les cellules dormantes sont nombreuses, tant les territoires perdus de la République sont gangrenés par le prosélytisme salafiste et tant nos services de renseignements ont perdu tout contact et toute indication pouvant les mener aux éléments les plus dangereux de la cinquième colonne de l’islamisme radical. Mais pour François Hollande, ce n’est pas la priorité. Cette agitation “judiciaro-militaro-policière” le replace au centre du jeu. Le revoilà chef de la sécurité intérieure sur le territoire et chef des armées au moment où celles-ci ont enfin reçu l’ordre d’aller frapper Dae’ch au coeur. Surtout, cet état d’urgence permet de faire passer au second plan toutes les préoccupations ordinaires des Français. Notamment l’emploi, au moment où notre taux de chômage vient de battre un record toutes catégories depuis 1997. Et cela, alors que nos principaux partenaires renouent avec le plein emploi. Mais aussi les impôts, qui continuent de progresser en dépit des discours lénifiants de Michel Sapin. L’OCDE a ainsi révélé, jeudi dernier, que la France est le deuxième pays affichant le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé, à 45,2 % en 2014, après le Danemark. À titre de comparaison, ce taux est de 11 points inférieur pour la moyenne des 34 pays de l’OCDE. Ce qui en dit long sur l’ampleur de l’assommoir fiscal qui a frappé 90 % des Français au cours des trois dernières années, et notamment l’ensemble de la classe moyenne. Si François Hollande et Manuel Valls consacrent autant d’énergie à peaufiner ce nouvel état d’urgence, c’est qu’il a pour eux le gros avantage de cacher des tas d’urgences qu’ils auraient dû gérer pour améliorer l’avenir de notre pays. Plutôt que de baisser les charges sur le travail, assouplir le marché de l’emploi, mettre au carré les comptes publics, combler le trou de la Sécurité sociale et baisser les dépenses publiques, il est tellement plus facile de faire larguer des bombes dans le désert et de pratiquer l’art de la gesticulation policière. Mais n’est pas de Gaulle qui veut. Et le cynisme de François Hollande et de sa clique est tel qu’il faut s’attendre à tous les excès de leur part. Comme le disait lord Acton : « Si le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. »

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