Johny à toutes les sauces

Que la mort de Johnny Halliday fasse la une des médias, quoi de plus normal? Qu’il fasse l’exclusivité de l’info du jour pose un vrai problème*. Expliquons pourquoi cette surmédiatisation nous dérange, dussions-nous ne pas nous faire que des amis. Du début des années 1960 à la fin des années 2010, Johnny Halliday (Jean-Philippe Smet pour l’état-civil) a dominé incontestable la scène musicale française. Au-delà de la génération des années twist, il s’est imposé — qu’on en soit fan ou qu’on l’exècre comme chanteur — comme le rocker et, sans doute, le bluesman numéro 1 pendant près de soixante ans. Johnny Halliday fait la une. C’est normal. Bien plus mutatis mutandis que Jean d’Ormesson qui l’a faite pour les mêmes raisons le 4 décembre, c’était une personnalité avec laquelle les Français ont cheminé longtemps, au rythme des hit parades, des grands évènements scéniques, des infos peoples (ce qui justifie bien qu’on se contente ici de l’apocope). Comme tous les petits Français de ma génération, j’ai grandi avec Johnny même si ce n’était pas ce genre de musique qu’on écoutait chez moi, même si on l’évoquait comme l’icône — ou plutôt l’idole — des «blousons noirs» aux chaînes de vélos, même si… Mais voilà, depuis ce matin, c’est Johnny à toutes les sauces sur toutes les chaînes d’information et les journaux télévisés. On s’y attendait. Ce à quoi je m’attendais pas, c’était à cette exclusivité. Rien d’autre n’existe plus, ni en France, ni en Europe, ni dans le monde. J’ai vu des caméras s’arrêter avec complaisance sur des places où des supporters (pas des milliers, cinq cents ici ou là) partageaient leur peine apparente entre eux et leurs selfies. Le Monde a titré sur la mort de Johnny. C’est la une. C’est normal, répétons-le, en raison de la dimension du personnage. Au reste, les hommages n’ont pas manqué. Même le Parti socialiste y a été du sien (en oubliant au passage les engagements successifs et continus de Johnny Halliday à droite poru Giscard, Chirac, Sarkozy, mais aussi son caractère de contribuable peu exemplaire…). Dans l’autre sens, Alexis Corbières (France insoumise) y est allé d’un tweet maladroit (Johnny est mort, mais de mauvais coups se préparent…). Bref, la routine médiatique des hommages, et l’on a reçu, comme de coutume, Michel Drucker. Le journal télévisé de France 2 a cependant fait référence au voyage du président de la République à Alger, un voyage important pour le chef de l’État qui vient pour une visite utile pour parler d’avenir en n’étant pas l’otage d’un passé qui n’est pas le sien (il est né quinze ans après la fin de la guerre d’Algérie, douze après le coup d’État militaire qui a porté Houari Boumediene  au pouvoir). Mais voilà, la seule demande qui fut faite à Emmanuel Macron portait sur son ressenti (triste, naturellement) après le décès de «Johnny».

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