Cyberviolence et intention

Plusieurs chercheur-e-s ont établi que les auteurs de cyberharcèlement n’ont pas toujours l’intention de nuire à autrui. Reprenant les résultats de l’enquête Beatbullying réalisée en Angleterre (2010), Blaya (2013) rapporte que 40% des élèves sondés par cette enquête ont dit avoir agi pour s’amuser. Le sondage IPSOS (2014) fait valoir une position opposée : 10% des adolescent-e-s se déclarent indifférents ou amusés par la publication d’une photo intime (de fille ou de garçon). Il semble intéressant de construire un parallèle, d’une part entre l’intentionnalité et la réception, et d’autre part entre l’absence d’intentionnalité et la perception d’exercer une violence de la part de l’agresseur ou de l’agresseuse. Sur ce point, les recherches sur les insultes sexistes et homophobes montrent que l’agression ou la discrimination est bien souvent niée par ceux ou celles qui les emploient au prétexte de leur banalisation. Les jeunes font d’eux-mêmes le lien entre moqueries, harcèlement et discriminations : « il suffit d’avoir un visage un peu différent, des cheveux d’une certaine couleur, des seins petits ou gros, pour se faire insulter » (Ceméa, 2015). L’insulte, qui fait advenir ce qu’elle nomme au regard des autres, joue un rôle important dans la construction de l’identité  : ce que certains chercheur-e-s ont appelé une subjectivité dominée, c’est à dire que par exemple l’insulte homophobe contribue aussi à produire l’identité homosexuelle. Des recherches menées dans le champ des études sur le genre, qui ont proposé des analyses fines des mécanismes de l’injure et de ses effets comme des possibilités de déconstruction du système sexiste et hétérosexiste qu’elle offre notamment en milieu scolaire, peuvent notamment être mobilisées en raison de leurs potentialités heuristiques. En effet, une seule occurrence agressive peut marquer fortement les jeunes sensibilités. Une seule lecture sexuée de résultats de recherche sur les violences entre pairs contribue à évacuer des procédés plus subtils par lesquels le genre est susceptible d’opérer dans les rapports entre pairs, notamment la nature relationnelle et contextuelle du genre, ou encore la manière dont les relations entre filles, entre garçons, ou entre filles et garçons, peuvent influencer les rapports de pouvoir.

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