Crise dans la zone euro

La contraction de l’activité économique dans la zone euro est claire. Le comité de datation du cycle économique de la zone euro CEPR-EABCN note que c’est le chemin que l’activité suivra à partir de là qui déterminera comment cet épisode sera désigné. Les politiques qui contrent la propagation endogène du choc pandémique peuvent conduire à une expansion à deux pics, une expansion en cours depuis 2013 interrompue par le choc pandémique, tandis qu’une baisse continue de l’activité après la fin du choc sanitaire caractérisera une récession particulièrement profonde. Cette colonne examine les problèmes conceptuels impliqués dans la création de taxonomies cycliques. Richard Baldwin, Beatrice Weder di Mauro Carlo Altavilla, Luca Brugnolini, Refet Gürkaynak, Roberto Motto, Giuseppe Ragusa Le comité CEPR-EABCN de datation du cycle économique de la zone euro, fondé à l’origine par le CEPR en 2003 et depuis 2019 une coentreprise entre l’EABCN et le CEPR, a pour mandat de dater les cycles économiques de la zone euro et de commenter deux fois l’état du cycle. an. La réunion d’avril du Comité s’est déroulée au milieu du choc pandémique de Covid-19, qui affecte la zone euro comme partout ailleurs. (Voir le débat perspicace sur VoxEU sur l’économie de la pandémie.) Bien que le Comité ne prévoie ni ne prévoit actuellement, il note qu’avant la publication des données macroéconomiques officielles, la profonde contraction provoquée par la pandémie de COVID-19.1 L’activité économique dans la zone euro sera presque sûrement beaucoup plus faible au 2020T1 et 2020Q2 qu’au 2019T4 , mais la désignation cyclique de cette période dépendra de la voie future que la zone euro empruntera par la suite. Un scénario prospectif est que le choc pandémique se révèle être l’impulsion qui a poussé la zone euro en récession. La durée et la profondeur de la récession dépendront, sauf chocs supplémentaires, de l’évolution de la pandémie et de la force des dynamiques traditionnelles défavorables du cycle économique (qui, à leur tour, dépendent en partie des politiques publiques). Une autre possibilité est que le choc ne déclenche pas une dynamique de contraction traditionnelle, la croissance rebondissant rapidement sur sa trajectoire antérieure à COVID-19. L’expansion amorcée après le premier trimestre de 2013 pourrait alors être interprétée comme ayant été ponctuée par une baisse brutale mais temporaire de l’activité – constituant, avec les périodes précédant et suivant la crise du COVID-19, une partie d’une expansion unique en cours à «  double pointe  » qui a commencé après 2013Q1. Le Comité ne classera donc cet épisode que lorsque les données reçues clarifieront la durée et la gravité du ralentissement, ainsi que la nature de la dynamique macroéconomique qui s’ensuit. La zone euro avant la crise COVID-19 La crise du COVID-19 a frappé la zone euro au cours d’une expansion peu impressionnante qui s’est encore ralentie depuis le quatrième trimestre 2017 (graphique 1). Figure 1 PIB de la zone euro, 2009T1-2019T4 (récessions en gris) À partir du T4 2019, la décélération de l’activité économique était évidente, comme indiqué dans notre déclaration de l’automne 2019, à la fois par rapport aux précédentes expansions de la zone euro (la reprise amorcée après le pic du T1 2013 est historiquement la plus faible de toutes les expansions de la zone euro, comme le montre la figure 2), et par rapport au rythme de l’expansion actuelle aux États-Unis (en tenant compte du fait que l’expansion de la zone euro avait commencé avec un retard; voir graphique 3). Le taux de chômage de la zone euro était de 7,5% fin 2019, proche mais toujours supérieur à son creux d’avant la crise de 2008, avec une grande hétérogénéité entre les pays membres. Le choc pandémique s’est ainsi produit dans le contexte d’une expansion déjà anémique et en déclin. Compte tenu de l’ampleur de la crise du COVID-19, le Comité s’abstient d’analyser plus en détail l’état conjoncturel de l’économie. Figure 2 Trajectoires de reprise du PIB de la zone euro (creux = 100) Figure 3 Trajectoires de reprise du PIB de la zone euro par rapport aux États-Unis (creux = 100) Début de la crise COVID-19: analyse du cycle économique Le rôle du comité CEPR-EABCN de datation du cycle économique de la zone euro est d’examiner l’état du cycle et d’établir une chronologie des cycles économiques dans la zone euro sur la base des statistiques officielles d’Eurostat qui, pour l’instant, ne sont que partiellement disponibles pour 2020Q1 comme estimations flash. Bien qu’il existe de nombreux indicateurs en temps réel de la gravité de la crise du COVID-192, ce comité n’a pas pour mandat de les utiliser afin de déterminer en temps réel les pics et les creux de l’activité économique de la zone euro. Des circonstances extraordinaires pourraient cependant être invoquées, pour des raisons de pertinence, pour utiliser ces données en temps réel pour déclarer ici et maintenant, comme l’ont fait de nombreux commentateurs, la fin au 2019T4 de l’expansion qui a commencé après le pic du T1 2013. Cependant, le Comité considère que cela n’est pas judicieux pour trois raisons. Premièrement, un tel changement méthodologique mettrait en péril l’intégrité statistique de la chronologie établie par le Comité. Deuxièmement, le mandat du Comité est d’offrir une analyse du cycle, ainsi que des pics et des creux de datation, et les données nécessaires à une analyse appropriée n’existent pas encore. Troisièmement, la baisse soudaine de l’activité économique causée par la pandémie présente, du point de vue de l’analyse du cycle économique, des problèmes conceptuels uniques qui ne peuvent être résolus en temps réel et sur lesquels cette note se concentre. Les économies modernes connaissent occasionnellement des baisses discrètes de l’activité économique dans lesquelles la demande et l’offre sont massivement réduites: les catastrophes naturelles et les tempêtes hivernales prolongées viennent facilement à l’esprit. Ces épisodes ne sont pas classés comme des récessions malgré leur ampleur. Premièrement, elles sont relativement brèves sur une échelle de jours à un mois. Deuxièmement, ni leur occurrence ni leur cessation ne portent les caractéristiques traditionnelles des dynamiques de récession et d’expansion. La reconnaissance de la rare possibilité qu’une expansion (récession) puisse être ponctuée par une période de croissance négative (positive) qui n’interrompt pas un cycle en cours mais entraîne une expansion à «  double pic  » (récession à «  double creux  ») est pas nouveau.3 En effet, le Comité a déclaré en juin 2014 que plusieurs trimestres de croissance (légèrement) positive pourraient constituer une pause dans la récession qui avait commencé après le troisième trimestre de 2011. La définition d’une récession adoptée par ce Comité est une période d’activité décroissante plutôt qu’une activité réduite », alors que certains appellent une période d’activité prolongée diminuée un effondrement. Dans cette terminologie, chaque baisse de l’activité économique ne peut pas être considérée comme une récession. Le ralentissement actuel, dû à la pandémie, est évidemment plus important que le début de nombreuses récessions ou catastrophes naturelles. Cependant, le point conceptuel demeure. La crise du COVID-19 pourrait marquer le début d’une récession dont la longueur et la profondeur dépendront, sauf chocs supplémentaires, de l’évolution de la pandémie et de la force des dynamiques traditionnelles défavorables du cycle économique. Ou cela pourrait constituer une crevaison dans une expansion en cours de «double pic». Le Comité ne décidera quelle désignation est appropriée que lorsque les données fourniront une image complète de la dynamique macroéconomique. Le succès des politiques publiques conçues pour préserver les relations de travail et la viabilité des entreprises tout au long de la pandémie, et la mesure dans laquelle la pandémie provoquera un changement majeur dans l’architecture économique internationale seront essentiels dans ses délibérations. La longueur, la force, les co-mouvements macroéconomiques et les dynamiques cycliques sont importants, et le Comité les prend tous en compte lors de l’établissement de la chronologie du cycle économique de la zone euro. Conclusion Le Comité, qui ne fonde pas sa définition d’une récession sur deux trimestres de croissance négative du PIB, conclut donc qu’il est prématuré – tant du point de vue des données que du point de vue conceptuel – de déclarer la fin de l’expansion entamée après le T1 2013. Les données entrantes clarifieront l’impact sur le cycle conjoncturel de la pandémie et permettront au Comité de décider si la pandémie a marqué le début (avec une profondeur et une durée encore inconnues) d’une récession de la zone euro après un pic au T4 2019, ou si elle a plutôt constitué une interruption d’une expansion en cours à deux pics »qui a commencé après le T1 2013.

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